Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 08:45

La GACSA à la COP 22, quand le "Business as Usual" se cache sous les beaux principes

  • 10 NOV. 2016

 

  •  

 

Dès le lancement du concept d’« agriculture intelligente face au climat » ou CSA (Climate Smart Agriculture) - et notamment après la création de son Alliance mondiale (la GACSA), divers acteurs et organisations ont exprimé leur rejet et leur désillusion vis à vis de cette initiative qui promeut un concept qui n'est que la validation du « Business as Usual ».

Que ce soit à cause d’un manque de mécanismes de redevabilité (IDDRI, 2015) ou d’un greenwashing généralisé (CIDSE, 2015) ou encore à cause de la promotion de pratiques qui ne n’ont en rien démontré leur « intelligence face au climat » (The Rules, 2015), ou encore du type d’acteur qui s’implique dans cette alliance, (GRAIN, 2015) les raisons de s’opposer à la GACSA sont nombreuses.

 

Coordination Sud s’est positionné sur la GACSA dès sa création en 2014 reflétant ainsi la position de bon nombre de ses membres, dont ACF (CSUD). Action Contre la Faim a renouvelé son opposition à cette alliance en 2015 (ACF) et en 2016 (ACF, CCFD). Pour les organisations françaises, la participation active de la France dans cette alliance est également dénoncée. Les principales doléances de la société civile sont le flou de la définition et en particulier, l’absence de critères d’exclusion sur les pratiques labélisées « CSA ». Enfin, le poids du secteur privé et le type d’intérêts qu’ils représentent dans une alliance dont les modalités de gouvernance restent floues, posent question.

 

En 2016 Action Contre la Faim a réalisé une étude plus poussée des membres de la GACSA. En apparence, seulement 17 des 148 membres font parties des industries des fertilisants[1], des biotechnologies et semences[2]  ou de l’agro-industrie[3].

 

Mais l’étude des partenaires des membres de la GACSA montre qu’en réalité 33 d’entre eux sont liés à ces secteurs. 41 % des entreprises privées membres de la GACSA ont pour partenaires principaux des industriels de ces secteurs (en tant que membres ou fondateurs) ou entretiennent des liens étroits avec certains d’entre eux. On voit ainsi apparaitre Monsanto, Pioneer-Dupont, BASF, McDonald, Cargill, pour ne citer que les plus connus, dans la sphère d’influence de la GACSA.  Il en va de même pour 40% des alliances et réseaux, 24% des associations à but non lucratif, qui sont parfois des organisations de promotion de ces industries ou qui les ont comme partenaires principaux, et 8% des centres de recherche.

Il est intéressant de noter que les organisations de producteurs agricoles représentent à peine 5% des membres de cette alliance. Auront-elles le même poids que les industriels pour faire entendre leurs voix et défendre leurs intérêts au sein de la GACSA ?

La GACSA se définie simplement comme une plateforme d’échanges et de promotion de « l’agriculture intelligente face au climat ». Pourtant, de nombreuses initiatives ou projets sont labélisés « CSA», comme si ces trois mots apportait un gage quelconque de qualité. On peut donc se demander quelle en quoi consiste le label « CSA » promu par la GACSA, quels critères, quelle prise de décision, quels mécanismes de redevabilité, quels objectifs ?

L’agriculture intelligente face au climat est utilisée pour définir un très large spectre de pratiques agricoles, de l’agriculture biologique à l’utilisation d’OGM en passant par l’agroécologie, l’agriculture de précision, l’absence de travail du sol associée au recours aux herbicides ou encore l’utilisation « efficiente » d’engrais chimiques. De fait, le nombre important des acteurs du secteur agro-industriel dans la GACSA pose la question de la valeur d’un tel label. En effet, Action contre la Faim et ses partenaires ont déjà montré que l’aide à l’implantation d’entreprises porteuses d’un système alimentaire basé sur l’agriculture intensive, hautement émettrice en gaz à effet de serre, a des effets délétères sur la sécurité alimentaire (ACF, CCFD et Oxfam, 2014). Cette nouvelle alliance, sans cadre et gouvernance clairs, offre-t-elle une nouvelle opportunité à ces mêmes parties prenantes de perpétuer un système alimentaire qui n’assure pas l’atteinte de la sécurité alimentaire, participe à plus d’un quart des émissions mondiales, réduit l’autonomie des paysans face aux intrants et aux semences, conduit à l’accaparement des terres et à la dégradation des sols ? La GACSA donne-t-elle simplement un alibi supplémentaire à ces intérêts privés ?

 

Cette année la COP 22 à Marrakech est présentée comme la COP de l'action, de l’adaptation, de l'agriculture et de l'Afrique. Compte tenu du rôle important de l'agriculture dans les émissions de gaz à effet de serre et du fait que l’agriculture paysanne à petite échelle produit 70 % de l’alimentation mondiale, voire plus de 80 % dans certaines régions subsahariennes, cette COP concentre de nombreux enjeux… Néanmoins, la participation active de la GACSA à la COP22, avec ses stands, ses conférences et autres évènements parallèles pourrait grandement atténuer la capacité de cette COP d’être réellement transformative en continuant à brouiller les pistes quant aux modèles agricoles réellement durables et adaptés aux changements climatiques. La transition vers l’agroécologie paysanne, l’agriculture utilisant et renforçant les écosystèmes et leurs services, est la seule voie pour permettre la sécurité alimentaire durable en répondant au double enjeu de l’adaptation et de l’atténuation du changement climatique.

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 08:44

"Alerte rouge" sur le climat, juge Fabius avant la COP22

6 NOVEMBRE 2016 PAR AGENCE REUTERS

Laurent Fabius, ancien ministre français des Affaires étrangères et artisan de l'accord de Paris sur le climat, crie à l'"alerte rouge" dans une interview accordée au Journal du dimanche à la veille de l'ouverture à Marrakech de la 22e conférence des parties à la convention climatique des Nations unies (COP22).

PARIS (Reuters) - Laurent Fabius, ancien ministre français des Affaires étrangères et artisan de l'accord de Paris sur le climat, crie à l'"alerte rouge" dans une interview accordée au Journal du dimanche à la veille de l'ouverture à Marrakech de la 22e conférence des parties à la convention climatique des Nations unies (COP22).

"Notre maison continue de brûler. Et il y a même alerte rouge, car les chiffres et les réalités restent très inquiétants", déclare le désormais président du Conseil constitutionnel français.

Par rapport à l'époque préindustrielle, la température globale de la planète en 2015 a déjà augmenté de 1 °C.

"En intégrant les engagements pris à Paris, elle risque d'augmenter de 1,5 °C dès 2030 et de 2 °C dès 2050. Comment, dès lors, parvenir à rester sous les 2 °C en 2100 ?" fait-il valoir.

Il estime que les propos "climato-populistes" de Donald Trump aux Etats-Unis et d'autres rendent le tableau encore plus sombre et nécessite des actions encore plus fortes et rapides.

"Beaucoup va se jouer en Asie avec le développement ou au contraire le recul du charbon", ajoute-t-il.

Les engagements pris à la COP21, à Paris, en décembre 2015, par les pays participants, ne permettront, selon les calculs des scientifiques, que de limiter le réchauffement climatique à 3°C.

"Il faut rapidement des efforts supplémentaires" pour tenir l'objectif de l'accord de Paris, c'est-à-dire 2°C maximum, voire 1,5°C, souligne Laurent Fabius.

L'objet de la conférence de Marrakech est précisément la mise en oeuvre des objectifs de l'accord de Paris, qui est entré en vigueur officiellement vendredi.

Il faudrait notamment pour cela atteindre l'objectif de zéro émission nette de CO2 en 2050.

Or "aujourd’hui, malgré le spectaculaire développement des énergies vertes, 82 % de l'énergie mondiale est encore produite par les énergies fossiles", explique Laurent Fabius : "31 % pour le pétrole, 29 % pour le charbon et 22 % pour le gaz naturel."

"En parallèle de la transition énergétique, nous devons trouver des solutions technologiques comme le stockage du carbone. C’est une course contre la montre", ajoute-t-il.

Il veut promouvoir en 2017 l'idée d'un "pacte mondial pour l'environnement" sur le modèle des pactes internationaux adoptés en 1966 par l'Onu sur les droits civils et politiques et sur les droits économiques, sociaux et culturels.

"Il manque un pacte dans le domaine environnemental, un traité reconnaissant un certain nombre de droits : droit à un environnement sain, droit à l’information sur le climat, obligation de prévention, participation du public, droit à réparation s’il y a des dommages", explique l'ancien chef de la diplomatie française. "Tout citoyen pourrait faire valoir ces principes si nécessaire en justice."

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 08:39

La 22ème Conférence des Parties s’ouvre aujourd’hui. Après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris ce vendredi 4 novembre 2016, l’ambiance semble être au vert. Et pourtant, un loup rôde.

Quand le Loup se déguise en Mère-Grand…

Sur le site internet de la 22ème Conférence des Parties (COP), qui se déroulera dans quelques jours à Marrakech, on retrouve une rubrique destinée aux entreprises qui souhaiteraient "contribuer à l’organisation de [l'évènement], au titre de mécénat, via des contributions financières ou en nature". La liste de ces "partenaires" climatiques peut cependant s'avérer pour le moins surprenante. On s'étonnera par exemple de voir apparaître, parmi les mécénats de la COP 22 les noms d’AKVA, premier groupe pétrolier marocain, ou encore Engie (Ex. GDF-Suez), également présent dans la liste des cinquante plus grands émetteurs de dioxyde de carbone au monde.

A l’heure de l’ouverture prochaine de la 22ème Conférence sur le climat, l’organisation Corporate Accountability International révèle l’ampleur de l’accès des industries fossiles à la Convention-Cadre des Nation-Unies pour le Changement Climatique (CCNUCC). Dans une infographie publiée ce Lundi 1er novembre 2016, l’organisation expose les liens entre les entreprises ultra-polluantes des industries du fossiles et certaines organisations commerciales accréditées à participer à l’événement.

On apprend ainsi que des organisations de commerce, tels que Business Council of Australia ou Business Europe, ont de fortes connections financières et humaines avec les groupes pétroliers Exxon Mobil, Royal Shell et BP, entre autres. Pour Tamar Lawrence-Samuel, membre de l’association Corporate Accountability International, « Mis à part ralentir les progrès des négociations, ces entreprises n’ont aucun intérêt à participer aux Conférences des parties ».

Il serait naïf de croire que les groupes industriels des énergies fossiles soient concernés en toute sincérité par la lutte contre le changement climatique. Nombre d’entre eux, Business Europe par example (PDF),  se sont par ailleurs déjà fait remarquer pour leurs attaques répétées contre les politiques climatiques européennes et nationales.

Ces dernières années, de nombreuses scandales ont révélés l'ampleur des liens existants entres instances gouvernementales et entreprises privées. Exxonmobil, société pétrolière et gazière américaine, a par exemple contribué à hauteur de 22 millions de dollars au financement de différents think tanks et lobbies climat sceptiques entre 1998 et 2004. Loin d’être un cas particulier, ces efforts furent la mise en œuvre d’un vaste plan de communication destiné à “faire du changement climatique une théorie et non plus un fait”, qui contribua grandement à l’échec du traité de Kyoto et fut à l’origine d’un retard de dix ans en matière écologique. Il est impératif que cela ne se reproduise pas.

 

… où est le Chasseur ?

L’accord de Paris « invite les entités non-parties [du secteur privé] à amplifier leurs efforts » (PDF) dans la lutte contre le changement climatique. Sans règle claire pour encadrer cette participation, cela « encourage effectivement le secteur énergétique à définir les solutions au problème qu’il a lui même créé », s’insurge Madame Lawrence-Samuel.  « Avant d’assurer la mise en œuvre efficace de l’accord de Paris, on doit s’assurer que les industries ayant d’importants conflits d’intérêts ne soient pas présentes à la table des négociations », ajoute-t-elle.

Déjà en 2013, plus de 70 organisations de la société civile appelaient, dans une lettre ouverte à l’Organisation des Nation Unies (ONU) à “prendre des mesures appropriées pour protéger les décisions en matière de climat des intérêts de l’industrie des énergies fossiles – ou des entreprises dont l’activité principale repose sur l’émission excessive de gaz à effets de serre – et leurs tentatives pour saper et détourner le besoin urgent d’action en matière de climat”. 

En mai dernier, plusieurs États participants à la conférence de Bonn ont également défendu la création de mécanismes de contrôle destinés à réguler l’activité du secteur privé dans les conférences climatiques. Alors que l’accord de Paris entre en vigueur ce vendredi 4 novembre, il est urgent de mettre en place une politique claire et efficace sur l’interférence d’entreprises ayant des conflits d’intérêts avec les prises de décisions climatiques. Pour ce faire, le CCNUCC pourrait notamment utiliser les travaux de l’OMS visant à réguler l’influence des entreprises du tabac sur les conférences de protection de la santé publique.

Sans remettre en question leurs rôle crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique, le ban des industries fossiles de la prise de décision repose sur la reconnaissance de conflits d’intérêts fondamentaux entre leurs intérêts privés et le besoin urgent d’une politique climatique équitable et ambitieuse. Le constat est là, la solution est connue, mais sa mise en œuvre tarde toujours. Pour agir efficacement contre le changement climatique, il devient urgent de chasser le loup de la bergerie.

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 08:35

Notre-Dame-des-Landes: le procès de l’aéroport tourne au réquisitoire

8 NOVEMBRE 2016 PAR JADE LINDGAARD

Pour la rapporteuse publique de la cour administrative d’appel de Nantes, le projet d’aéroport causerait trop de dommages à l’environnement alors qu’il existe une alternative avérée à sa construction.

Nantes, de notre envoyée spéciale.-  D’emblée, le ton est posé : « Si des personnes pensent que le rapporteur public peut être influencé par des pressions du gouvernement, elles connaissent mal le rapporteur public. » Christine Piltant a tenu sa promesse, lundi 7 novembre, pendant près de quatre heures et demie, lors de l’audience de la cour administrative d’appel de Nantes, dans une salle surchauffée où les visages devenaient plus rouges au fil des heures. Elle a présenté, sans ciller, trébuchant à peine sur quelques formulations administratives, les arguments juridiques de fond justifiant l’annulation de quatre arrêtés préfectoraux autorisant les travaux de construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Alors que s’ouvre l’audience, bondée, une réunion démarre à la préfecture de Loire-Atlantique : le comité de pilotage doit informer les élus locaux des suites du chantier. Jusqu’au bout, les autorités politiques agissent comme si le projet d’aéroport ne pouvait souffrir aucune contestation, pas même du pouvoir judiciaire. Le week-end précédent, Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères mais ancien maire de Nantes, a déclaré que le projet « continuera sa route quelles que soient les vicissitudes ». François Fillon, lui, a comparé l’avis de la rapporteuse publique à « une opération montée ».

Pas moins de dix requêtes sont inscrites à l’ordre du jour de la séance. D’abord, les recours déposés par les opposants contre la déclaration d’utilité publique (DUP) du programme viaire, c’est-à-dire l’ensemble des projets routiers (4 voies, contournements, aménagements de voies communales…) devant accompagner la construction de la plateforme aéroportuaire. La magistrate les rejette un à un, tout en critiquant les insuffisances de sa méthode : l’impact des destructions de l’environnement qu’ils vont causer « n’est pas à négliger ». Elle déclare valider la DUP « plus par discipline que par conviction »

Vers 17 heures, vient le temps de son exposé au sujet des cinq requêtes demandant l’annulation des arrêtés préfectoraux de décembre 2013 autorisant les travaux au titre de la loi sur l’eau – ainsi que de la décision du tribunal administratif de juillet 2015 rejetant en première instance les recours des opposants. Dans la salle, les nombreux opposants au projet sourient. Ils savent que la rapporteuse publique va demander l’annulation des arrêtés.

Mais sa démonstration se transforme en réquisitoire contre le projet d’aéroport. Le site, réservé il y a 40 ans pour y construire l’aéroport, comprend plus de mille hectares de zone humide, en tête de trois bassins versants, dotée de 59 mares, décrit-elle. La zone humide de la zone d’aménagement différé de Notre-Dame-des-Landes joue donc « un rôle important pour les milieux aquatiques et l’écosystème en aval ». Or la directive européenne-cadre sur l’eau demande aux États membres de s’opposer à tout projet pouvant détériorer les masses d’eau. Hausse des températures, salinité, manque d’oxygène : Christine Piltant détaille les dommages attendus sur la ressource en eau du territoire si l’aéroport est construit et exploité. « Les fonctionnalités biogéochimiques de la plateforme seraient impactées. » 

Le maître d’ouvrage du chantier, AGO Vinci, propose bien des mesures de compensation, mais elles n’offrent aucune garantie de réussite. Surtout, « la destruction est immédiate alors que recréer des fonctions naturelles perdues peut prendre des décennies ». La masse d’eau menacée par l’aéroport ne représente que 1,44 % de la zone impactée. « Si 1,44 % de la population française contractait la rage, cela ferait 1 million de personnes. On ne dirait pas que c’est insignifiant. » Pour la magistrate, l’impact est donc important. Dans la salle d’audience, le silence est presque total, toutes les oreilles sont tendues vers le micro où parle la rapporteuse. Au premier rang du public, Julien Durand, paysan retraité et opposant historique à l’aéroport, commence à sourire. L’avocat d’AGO se ronge les ongles. 

C’est alors que la rapporteuse sort son arme fatale. Il existe à ses yeux une alternative « avérée » à la construction de l’aéroport : l’aménagement de l’aérogare actuelle de Nantes Atlantique. Alors que l’État n’a jamais pris cette hypothèse au sérieux en quarante ans de conduite de ce dossier, elle aligne les arguments en ce sens : le grand nombre d’aéroports dans le monde ne possédant qu’une piste, comme l’actuel site nantais, alors qu’ils accueillent plus ou autant que les 9 millions de passagers que Nantes rêve de transporter à terme ; le coût comparable entre l’amélioration de l’actuelle aérogare (825 millions d’euros) et la construction du nouveau (794 millions euros actualisés, pour seulement 4 millions de passagers). Nuisance sonores et environnementales : l’actuel site présente des défauts, ajoute-t-elle. Mais aussi : « Peut-on vivre sans un aéroport idéal ? Oui. Peut-on vivre sans ressource en eau ? Non. » 

Une fois démontrée qu’une alternative existe à l’aérogare de Notre-Dame-des-Landes, c’est tout le projet qui tombe. Plus rien ne justifie de détruire l’écosystème car selon un principe essentiel à la protection de la biodiversité, lorsque l’on envisage de détruire son environnement, il faut « éviter, réduire, compenser ». La magistrate applique le même raisonnement aux arrêtés préfectoraux autorisant la destruction d’espèces protégées et demande leur annulation. Après cette charge, l’avocat d’AGO Vinci a beau clamer que « le projet de Notre-Dame-des-Landes va améliorer l’état écologique du site », il ne répond à aucun des arguments de fond et finit par se rasseoir. La représentante du ministère de l’environnement préfère ne pas intervenir.

Comment expliquer qu’une magistrate soit si critique du volet environnemental du dossier de l’aéroport, alors que tous les précédents recours s’étaient conclus en faveur du maître d’ouvrage ? Les tribunaux administratifs ont l’habitude de comparer les dommages environnementaux d’un projet à l’activité qu’il peut créer, ce qui les conduit très souvent à autoriser les travaux au nom de l’intérêt « général ». Tout autre est la démarche de la rapporteuse de la cour administrative d’appel qui analyse en soi le respect ou non du droit de l’environnement.

 

LIRE AUSSI

 

Christine Piltant n’occupe ce poste que depuis deux mois. Pour trancher sur le cas de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le président de la cour, Gilles Bachelier, conseiller d’État, a réuni six juges, la formation la plus solennelle. Les avis du rapporteur public sont quasiment toujours suivis par la cour. Si les arrêtés préfectoraux au titre de la loi sur l’eau et portant sur les espèces protégées tombent, les travaux ne seraient plus autorisés. Il faudrait alors relancer une longue procédure administrative, si les pouvoirs publics décident de maintenir le chantier.

Les requêtes ont été déposés par plusieurs associations d’opposants au projet d’aéroport : l’Acipa (regroupant des riverains et habitants de la ZAD), le Cédépa (rassemblant des élus et anciens élus) mais aussi par un écheveau de collectifs de défense de la nature qui depuis des années travaillent dans l’ombre à combattre le projet d’aménagement sur le plan juridique : France Nature Environnement, Bretagne Vivante, FNE Pays de la Loire, Eaux et Rivières de Bretagne, la Ligue de protection des oiseaux (LPO), SOS Loire Vivante. Leurs militants ne se vivent pas seulement comme des « opposants » à l’aérogare mais des constructeurs de solutions publiques au service de l’intérêt général. 

À la sortie de l’audience, Guillaume Dalmard, de l’association Des ailes pour l’Ouest, favorable à l’aéroport : « C’est le juge qui doit trancher. Le peuple a décidé pour le projet. Ça se traduira dans les faits. Si le juge va dans le sens du rapporteur public, il y a encore un État. » En début d’après-midi, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot est venu écouter le début de l’audience, quelques heures avant de remporter la primaire écologiste : « Il ne serait pas imaginable d’envoyer la police contre la ZAD au moment où la cour d’appel permettrait de remettre le dossier dans le droit chemin. » Délibéré le 14 novembre à 14 heures.

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 08:30

Bayer et Monsanto, en fusion mais démunis face au changement climatique

11 NOVEMBRE 2016 PAR ANNIKA JOERES (CORRECT!V)

Avec le rachat de Monsanto, le géant allemand des pesticides, Bayer, s’apprête à asseoir sa domination sur le marché mondial de l’alimentation. Cependant, aucun de ces deux groupes ne possède de semences qui contrecarrent le changement climatique. Les scientifiques tablent pourtant sur le fait qu’un réchauffement global de la planète menace de 10 à 50 % de la récolte annuelle.

À l’avenir, le changement climatique sera un critère décisif concernant les bonnes et mauvaises récoltes. « Lorsque la température augmente d’un degré, le rendement du blé baisse de 6 % », pronostique Frank Ewert, chercheur en agronomie à l’université de Bonn. Ce scientifique allemand ajoute que cela correspond à 42 millions de tonnes de blé, l’un de nos produits alimentaires de base. La production annuelle de cette céréale avoisine les 800 millions de tonnes à travers le monde. 

L’Office européen des brevets a accordé plus de 2 000 brevets concernant des plantes génétiquement modifiées. Monsanto et Bayer font presque tout pour augmenter le rendement du maïs, du blé, du coton et des tomates et pour accroître leur résistance aux herbicides. C’est à la loupe qu’on doit chercher les nouvelles espèces qui bravent le changement climatique.

Parmi les 132 denrées alimentaires génétiquement modifiées déposées à l’Institut fédéral d’évaluation des risques, qui dépend du ministère allemand de l’agriculture, et pour certaines déjà autorisées à la vente, une seule concernait une sorte de maïs résistante à la sécheresse. « Bien sûr que, chez Monsanto, nous explorons la manière dont les plantes tolèrent mieux la chaleur ou les sels, c’est très important pour nous, déclare le porte-parole de Monsanto, Thoralf Küchler. Mais sur ce point, il n’existe pas encore de produit commercialisable. » C’est également le discours de Bart Lambert, directeur de recherches chez Bayer CropScience. Cependant, lui et ses collègues ont étudié la façon dont les plantes résistaient à l’augmentation du stress climatique. « Mais nous en sommes encore au début. »

Jusqu'à présent, Monsanto et Bayer se concentrent presque uniquement sur le développement de semences hybrides et génétiquement modifiées. Parce que la technique est maîtrisable : la résistance à un herbicide est programmée sur un seul gène. Et parce qu’ainsi, les graines développées sont brevetables et appartiennent au groupe, qui peut ensuite les commercialiser à long terme.

Et pourtant, la génétique échoue à tenter de prémunir les plantes contre le changement climatique. Des propriétés telles que la tolérance à la chaleur et le faible besoin en eau sont inscrites à de nombreux endroits du génome et ne se transmettent pas aisément. « À titre de comparaison, il est facile de rendre une plante résistante à un poison ou de faire grossir son épi, ses semences ou ses fleurs », raconte Bart Lambert. A contrario, il est bien plus complexe de renforcer les plantes contre des températures plus élevées, contre un trop-plein ou un manque de précipitations : pour ce faire, on devrait modifier beaucoup de gènes.

Bart Lambert travaille chez Bayer CropScience dans la ville belge de Gand, où plus de 400 biologistes, généticiens et bio-informaticiens effectuent des recherches sur de nouvelles cultures. Ici bat le cœur de la recherche de Bayer sur les semences. Les espèces développées finiront par atterrir un jour dans nos sacs de courses ou sur nos assiettes.

Le laboratoire rappelle un hôpital où l’air est chargé d’effluves de produits de désinfection. Dans des milliers de boîtes de Petri poussent des plants de soja et de coton, au sein de bouillons de culture. Des chercheurs en blouse blanche les nourrissent à l’aide de pipettes. À ce stade précoce, les plantes ne ressemblent alors qu’à un grumeau blanc de la taille d’une lentille. Parmi elles, peu survivront : elles continueront alors à être développées et devront un jour faire preuve d’un plus grand rendement que leur plante mère. Ou bien survivront si on les vaporise d’herbicide.

Monsanto s’est spécialisé dans les pesticides. Développé par la firme, le maïs Smartstax+ est par exemple résistant à deux herbicides et produit à lui seul sept poisons insecticides. Au total, Monsanto possède à l’heure actuelle quelque 190 brevets : la plupart portent sur des plantes génétiquement modifiées telles que le maïs et le soja – seuls trois d’entre eux ne les concernent pas.

Les tentatives du groupe de s’enraciner dans le programme « Maïs économe en eau pour l'Afrique », dans les régions chaudes du continent, en sont encore aux prémices. Et font l’objet de critiques. Depuis le début, des agronomes africains soulèvent le fait qu’en cas de grosse chaleur, le maïs génétiquement modifié occasionnerait même un rendement inférieur à celui engendré par les espèces traditionnelles.

Bayer s’est spécialisé dans la génétique et la fabrication d’espèces hybrides. La plupart du temps, les nouvelles plantes ont effectivement un meilleur rendement et leurs fruits sont plus uniformes. Mais d’un autre côté, leurs graines ne peuvent pas être semées d’une saison à l’autre et doivent alors à nouveau être achetées auprès de Bayer.

Avec le changement climatique, la culture sélective apparaît à nouveau importante aux yeux de nombreux observateurs. Ce principe est connu depuis des millénaires : après chaque été chaud, on récolte les fruits les plus gros et sains, sur un plant de tomates, par exemple. On sème alors leurs graines dès le printemps suivant. À chaque génération, les plants s’accommodent ainsi de mieux en mieux à la chaleur.

De telles espèces sont plus robustes que celles qui sont maintenues dans un unique but de rendement, explique Garlich von Essen, secrétaire général de l’Association européenne des semences. Il représente des groupes comme Bayer ou Syngeta, mais également des groupes familiaux plus petits. Avec la culture sélective, ces derniers peuvent à nouveau être avantagés, croit savoir Garlich von Essen. « Ce sont justement ces petites entreprises qui travaillent à la recherche sur la tolérance au climat et qui développent des espèces pour des marchés régionaux spécifiques. » Pour lutter contre le changement climatique, même l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) encourage les agriculteurs à développer des semences autonomes, locales et régionales, directement adaptées à leurs environnements immédiats.

En Europe du Sud, les paysans souffrent d’ores et déjà d’étés chauds et secs. C’est la raison pour laquelle la culture du millet y connaît une véritable renaissance. Car une fois qu’elle a éclos, cette plante se contente de peu d’humidité. Un inconvénient : son amertume. Mais il existe des essais prometteurs pour la supprimer au sein de la variété, selon Martine Dugué, de l’association Terra Millet« Jusqu’à présent, le millet n’intéressait pas les groupes industriels car il ne nécessite ni engrais, ni pesticides », déclare-t-elle. Elle ajoute que le millet possède un gros potentiel.

En effet, les possibilités de concevoir une alimentation en accord avec le changement climatique sont encore loin d’être épuisées. D’après le FAO, il existe quelque 25 000 sortes de plantes comestibles, parmi lesquelles seulement une trentaine sont cultivées de manière intensive. L’offre de Bayer et Monsanto est encore plus restreinte. Bayer se concentre sur le blé et le soja, Monsanto sur le soja et le maïs. D’un point de vue climatique, c’est peu engageant pour l’avenir : le blé, le soja et le maïs sont des plantes très exigeantes en eau.

LIRE AUSSI

OGM: questions sur le «méga deal» entre Bayer et Monsanto PAR JADE LINDGAARD

Partager cet article
Repost0
5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 19:10
 Parce qu'il existe une bio à deux vitesses :

 il devient plus que jamais nécessaire de montrer ce qu'est la véritable agriculture biologique.

La bio est devenue un business mondial


Dans le documentaire “La face cachée du bio low cost” diffusé le 23 Octobre dernier sur France 5, une enquête démontre que les produits labellisés bio et vendus à bas prix par les grandes surfaces ne respectent pas l'esprit de la bio :
 

  • main-d’œuvre surexploitée et sous-payée ;
  • légumes cultivés hors saison et dont la production et le transport sont coûteux en termes d'émissions de gaz à effet de serre ;
  • tolérance du E250 (nitrite de sodium) qui donne sa couleur rosée au jambon mais présente un risque pour la santé ;
  • abattage des animaux aussi sordide qu'en conventionnel…etc
     

 

Ces pratiques ne reflètent pas l'esprit d'origine de l'agriculture biologique.

 

La bio, la vraie, c'est le travail avec la nature et non contre elle.
C'est le respect des humains qui travaillent avec cette nature.
C'est aussi le respect des animaux, d'un bout à l'autre de la chaîne.


 

La vraie bio nourrit le vivant

 

L'Institut technique d'agriculture biologique a récemment comparé les impacts de l'agriculture biologique avec ceux de l'agriculture conventionnelle. Dans un rapport à paraître, l'ITAB affirme que «l'on observe en bio un surcroit d'externalités positives, lié à la mobilisation d'un plus grand nombre de processus agro-écologiques».

 

Parce qu'elle respecte le vivant, la vraie bio a donc un impact positif sur les écosystèmes.

Tout l'enjeu est de promouvoir cette bio-là.

 

 

Reconnecter les gens à la nature

Pour manger mieux, encore faut-il savoir ce qu'est une agriculture réellement écologique. C'est-à-dire qui repose sur la nature.

 

Or, comprendre cela n'est pas une évidence.

L'écologie n'est pas enseignée à l'école, et encore moins la philosophie de l'agriculture biologique. Quant à la vie citadine, elle nous déconnecte de la nature.

 

Par ailleurs, avant de se tourner vers des produits meilleurs mais un peu plus chers, et sans revoir complètement son budget, il faut (ré) apprendre à découvrir et à cuisiner les légumes, légumineuses, graines, farines, etc.

 

Il faut apprendre à consommer différemment.


 

Pour 1 euro par mois, vous aidez des familles à renouer avec la terre

 

Adhérer, c'est soutenir la vraie bio

 

Votre adhésion* nous permettra d'éduquer à la bio, la vraie.
En adhérant, vous aidez des gens à savoir ce qu'est l'agriculture biologique, locale, équitable.
Vous aidez des personnes à retrouver un lien avec la terre.
Vous aidez indirectement de petits producteurs et transformateurs bio et locaux à gagner leur vie.
Vous contribuez à la sauvegarde d'une nature qui nourrit et aide l'humanité face aux changements climatiques.

 

Bio Consom'acteurs agit pour :

  • réaliser des outils de sensibilisation et d'éducation à l'alimentation bio, locale et équitable.
  • organiser des ateliers de consommation responsable, repas bio solidaires, projections-débats
  • inciter les élus à introduire du bio local dans leurs cantines scolaires
  • diffuser les résultats de l'étude Bio Nutrinet, à propos des impacts de la consommation biologique sur la santé et l'environnement.


Aidez-nous à promouvoir une alimentation qui respecte la nature et ceux qui travaillent avec elle.

 

C'est uniquement grâce à votre adhésion* que nous pouvons porter la voix de tous ceux qu'on ne voit pas, mais qui nous nourrissent chaque jour.
 

Pour continuer nos actions, nous avons besoin de vous aujourd'hui.

 

Merci pour votre engagement à nos côtés.

 

 

Au nom de Bio Consom'acteurs,

Diana Semaska et Valérie Le Toux

Partager cet article
Repost0
22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 19:38
Partager cet article
Repost0
22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 19:37
Partager cet article
Repost0
22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 19:30
Partager cet article
Repost0
22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 19:21
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Bien Vivre à la Campagne et pour cette année le 8 juillet La Fête du Lac de Marcenay
  • : Proposer à nos amis des informations et des réflexions sur l’environnement, notre patrimoine, des adresses sur les bons produits de notre région, la Bourgogne …
  • Contact

Recherche

Archives